Un jour, il m’interrompit.
« Arrête-toi, petit con.
- Maître ?
- Tu es devenu plus fort que moi. »
Je souriais. D’abord parce qu’il est évident qu’un jeune homme de 25 ans possède plus de muscle qu’un autre de 60 ans. Et plus si affinité. Puis parce que je comprenais ce qu’il voulait dire.
Pas par tes bras, petit con, comme s’il lisait dans mon esprit. Par ta technique. Je t’ai tout appris.
- Mais … c’est impossible !
- Pourquoi ?
- Voici à peine 2 ans que nous nous connaissons et …
- Tu sais ce qui pourrait me gêner ?
- Non.
- Que tu maîtrises les techniques que je t’ai apprises.
- …
- Et tu sais ce qui ne me gêne pas ?
- Non.
- Que tu maîtrises les techniques que je t’ai apprises.
- …
Nous avions souvent les mêmes discussions avec mon maître. Il m’apostrophait toujours par « petit con », et je n’ai jamais su si c’était parce qu’il manquait de vocabulaire, ou si c’était uniquement pour me provoquer, facétie du grand âge je suppose. Il me posait une question, me donnait une réponse dans la foulée, et je ne disais rien.
Il disait qu’il était fier, au contraire, que quelqu’un ait compris ce qu’il voulait dire, qu’il était heureux d’avoir appris quelque chose puis de l’avoir transmis, et qu’en ce sens, il avait fait son devoir. « Notre devoir, petit con, ce n’est pas d’être le plus fort. Notre devoir, c’est de rendre les autres plus forts. »