Contrairement à ce que je pensais a posteriori, je ne suis pas tombé amoureux de Karine tout de suite, loin s’en faut. J’ai pratiqué ce que je n’appellerai séduction que plusieurs mois plus tard. Souvent involontairement, parfois à dessein. Ce que je sais, c’est que nos échanges étaient bien construits, que nous savions à chaque fois ce que voulait dire l’autre quand sa pensée était imprécise ou pas assez suggestive, et que nos réparties étaient belles, taquines, mutines. Et on aurait pu en rester là. J’avais largement dépassé le stade des amis virtuels, ceux qu’on peut ranger dans Facebook dans la catégorie « j’te kiffe, mais même pas en rêve on passe 2 heures ensemble ». Dans un monde virtuel, pas étonnant que les amitiés le soient aussi. Mais je ne pouvais rien faire de plus que ça. Il me manquait, un pied à l’étrier supplémentaire, une marche, un atout. Je crois que ce qui m’a réussi, c’est que je n’y ai pas pensé, et que je ne l’ai pas trouvé.
Nos échanges passaient allégrement des rires à la taquinerie et vice-versa, sans jamais tomber dans une impasse, fut-elle agressive. Pourtant, dans ce contexte, c’est tellement facile … L’énorme avantage d’Internet, c’est son anonymat. Et l’énorme avantage d’Internet, c’est sa distance. Personne ne se lèvera pour aller faire éclater un scandale à 800km de distance. Alors, il est facile sur un coup de tête de libérer ses fantasmes et de saccager un lien social, un peu comme il est jubilatoire de commettre les pires méfaits dans un jeu vidéo et d’être un pacifiste convaincu dans la vraie vie. Reconnaissons-nous cette intelligence : nous n’avons jamais dérapé.