Karine s’était mariée à un golden-boy anglais.
Ils avaient de la thune, en tous cas suffisamment pour envisager un mariage en Provence, avec tous leurs amis. Les bans seraient publiés, le journal local se féliciterait de l’attrait du village par delà le département, la région, et les pingouins, le maire serait loquace, les maisons d’hôtes feraient le plein et la photo serait belle.
5 ans plus tard, le tableau était moins reluisant.
Il virevoltait sur des sites de rencontres, elle s’occupait de sa fille, finissait un job proche de la télévision, et, et c’était peut-être le pire, la lavande avait fané ! Divorce à l’amiable, 1 semaine chacun, garde alternée parce que c’est mieux pour l’enfant, c’est Dolto qui l’a dit, et vogue la galère.
Alors, à l’approche de la quarantaine, même si elle se revendiquait férocement comme trentenaire, ça faisait peur. Amer constat de l’échec social, paraît-il. « Vieillir pour une femme, c’est la double peine, m’avait-elle confié un soir. Parce que vieillir déjà, c’est pas marrant, mais en plus, ne plus vous plaire, c’est une catastrophe. Vous, vous êtes plus beaux au fur et à mesure, mais nous … »
Au sortir de son job, la galère s’annonçait, et ça, après le divorce, ça commençait à faire un peu beaucoup, peut-être trop pour cette fille que j’admirais de plus en plus. Et oui, sous la facétie, il y avait bien quelqu’un de triste, quelqu’un de blessé.
J’avais raison.
Je déteste quand j’ai raison.